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mercredi, avril 25, 2007

La France a peur

Depuis son célèbre Retour à la terre, on sait que Manu Larcenet a délaissé la banlieue parisienne pour s’installer à la campagne. Dans La France a peur (Dargaud), dernière aventure en date du jeune Nic Oumouk, le talentueux dessinateur nous ballade habillement des villes-dortoirs en révolte au jardin potager d’un petit village de province. Condamné à des travaux d’utilité publique pour sa participation aux émeutes des banlieues, Nic se retrouve à cueillir des pissenlits pour une coopérative agricole spécialisée dans les produits bios. Obligé de dormir avec des poules vindicatives (de cruelles gallinettes cendrées de Limoux) et de se lever au chant du coq, l’apprenti casseur va vite apprendre que les paysages bucoliques cachent souvent des pièges à jeune citadin.

Farce dénonçant la dérive sécuritaire de notre société, cet album joue sur la confrontation pittoresque de deux mondes, pour nous proposer, sans en avoir l’air, une histoire de fraternité attachante. Du grand Larcenet en somme.

samedi, avril 07, 2007

Le Janitor

“Par le dessinateur de la série Bouncer », peut-on lire sur la couverture de l’album Le Janitor (Dargaud). En retrouvant François Boucq, on espère aussi replonger dans les univers déjantés et fantastiques qui prévalaient dans La femme du magicien ou Bouche du diable, pour ne citer que quelques-unes des réalisations de ce dessinateur de talent. Il n’en est rien.

D’une facture classique et sur un scénario convenu de Yves Sente, Le Janitor nous balade dans les coulisses du Vatican. Le Vatican qui utilise des séminaristes d’élite – les fameux Janitors – pour assurer les sales petits boulots inhérents à la pratique du pouvoir. Récupération d’une relique sur l’île de Malte, protection d’un prélat de haut vol lors de négociations au sommet de Davos…, le temps d’un récit, on apprend que certains sbires de la curie romaine n’hésitent pas à jouer des épaules pour mener à bien leurs missions terrestres.

D’une facture trop classique, cette série abuse des poncifs du genre espionnage : mystères, poursuite en bagnoles et jolies pépées en vadrouille… Derrière la couverture, on sent trop la commande d’un éditeur désireux de réaliser un beau coup avec un duo d’auteurs reconnus. Ce qu’ils sont, mais pas ici.

mardi, mars 06, 2007

Là où vont nos pères

Sublime ! Avec Là où vont nos pères (Dargaud), de Tan Shaun, on tient déjà un des albums phares de l’année 2007. Sans une ligne de texte, à la seule force de son trait soigné, le dessinateur australien arrive à construire une histoire d’une humanité déconcertante. Comme le père que l’on suit tout au long du récit, on est perdu lorsque l’on débarque en pays inconnu. L’univers paraît absurde, les objets sont incongrus, et l’on ne comprend pas pourquoi et où il faut aller. Ce n’est qu’en progressant dans l’histoire que l’on finit par appréhender ce monde étrange riche en promesses. Comme des millions d’humains, le père est là pour trouver un emploi synonyme de vie pour sa femme et sa petite fille restée au pays. Seul, il va devoir s’installer, se recréer des connaissances avant de pouvoir faire venir sa famille.
En prenant le parti de nous placer dans la peau d’un homme qui a dû se lancer dans le néant pour avoir le droit de vivre, Tan Shaun réussit à nous dérouter et à nous faire toucher la solitude d’un immigré économique. Du grand art, assurément.

vendredi, février 02, 2007

Gus, le mystère de l’ouest

Il y a du Lucky Luc dans le Gus (Dargaud) de Christophe Blain. Mais du Lucky Luc humain, avec des préoccupations aussi terre-à-terre que la poussière des plaines du Far West qu’il arpente avec ses deux acolytes, Clem et Gratt. Ensemble, ils échafaudent des plans, de vraies machinations d’outlaws. Entre deux attaques de trains et une poursuite de diligence, ils n’en oublient cependant pas la chose essentielle : chercher l’âme sœur. Le soir, assis à la table de leur petite cahute de bois, ils rédigent et raturent des lettres d’amour qu’ils oublient d’envoyer. Pour combler leurs manques, les trois pistoleros d’opérette décident de partir en virer à El Dorado, « l’endroit ultime », la ville où les femmes sont libres. De chasseurs qu’ils pensent être, ils deviendront rapidement des proies. Les jolies demoiselles de El Dorado joueront, en effet, de tous leurs artifices pour les mener par le bout du nez que Gus a particulièrement long.Compilation de cinq histoires burlesques et déjantées, ce premier album des aventures de Gus est un véritable bonheur pour les zygomatiques. Comme avec son Isaac le Pirate, Blain prouve, encore une fois, que l’émotion peut naître d’un simple trait. Un régal !

jeudi, janvier 04, 2007

Jérusalem d’Afrique

Est-on vraiment humain quand on passe plus de temps le nez dans ses bouquins que dans le lit de sa femme ? Même s’il ne le dit pas, le chat du rabbin n’aime pas trop le mari de la belle Zlabya, la fille de son maître. Alors, quand un type inconnu sort de la caisse de bouquins talmudiques commandés par le mari, il ne peut s’empêcher de sourire dans ses babines : le vaudeville semble toquer à la porte. Il n’en est heureusement rien. Juif russe fuyant les exactions de la révolution, l’inconnu est un peintre qui souhaite redécouvrir la Jérusalem d’Afrique (Dargaud). À bord d'une autochenille, clin d’œil à la "Croisière Noire" de Citroën, le rabbin, son chat, le Russe et le cheikh Sfar - qui passait par là -, s'embarquent pour un périple qui leur fera croiser, un aristocrate russe amateur d’alcool, de femmes, de tabac et de littérature, des bédouins à cheval sur les principes religieux et une jolie serveuse aux yeux merveilleux. Moins hermétique que les précédents opus, ce cinquième album du Chat du Rabbin de Joann Sfar donne plus de place à l’aventure et se permet quelques planches satiriques dont notre Tintin national ne sort pas indemne.